Le luxe de la double HLM

Géographie de l'enfance : d'un étage à l'autre, de 0 à 12 ans.
Rectificatif d'état civil : Si mon extrait de naissance indique officiellement que je suis né à Vitry-sur-Seine, la réalité de mon enfance s'est ancrée juste à côté. C'est à Ivry-sur-Seine que j'ai vécu jusqu'à mes 12 ans.

Quand on évoque une enfance passée en HLM, les gens y associent rarement la notion de luxe. C'est un tort. À ma manière, et avec mes yeux d'enfant, j'ai grandi dans l'opulence absolue. Mon privilège ? J'avais la chance inouïe de vivre dans deux appartements à la fois.

Notre vie de famille s'organisait selon un écosystème vertical parfaitement rodé dans le même immeuble. Au premier niveau de notre quotidien, il y avait le quartier général principal : c'est là que ma mère et mon oncle logeaient. C'était le point de départ, le lieu des devoirs, des repas habituels et du rythme de la semaine.

« Mon luxe à moi ne se mesurait pas en mètres carrés ou en villas, mais en étages : avoir deux portes à pousser dans le même immeuble pour se sentir chez soi. »

Mais le véritable secret de cette vie dorée se trouvait juste au-dessus. Il suffisait de monter un étage pour changer d'univers. Là, dans le second HLM, régnait ma grand-mère.

Cet appartement du dessus était une extension naturelle de notre salon, une deuxième cuisine où les règles étaient souvent plus douces, un refuge permanent où je pouvais grimper à tout moment. Au fil du temps, cette ambassade du niveau supérieur s'est agrandie : ma grand-mère a fini par y loger mon cousin le plus vieux, qui a pris ses quartiers sous son toit.

Jusqu'à mes 12 ans, j'ai donc navigué entre ces deux paliers. Une enfance passée dans les escaliers d'Ivry, à osciller entre deux portes de chez moi, entouré par une tribu répartie sur deux étages.