Quand on évoque une enfance passée en HLM, les gens y associent rarement la notion de luxe. C'est un tort. À ma manière, et avec mes yeux d'enfant, j'ai grandi dans l'opulence absolue. Mon privilège ? J'avais la chance inouïe de vivre dans deux appartements à la fois.
Notre vie de famille s'organisait selon un écosystème vertical parfaitement rodé dans le même immeuble. Au premier niveau de notre quotidien, il y avait le quartier général principal : c'est là que ma mère et mon oncle logeaient. C'était le point de départ, le lieu des devoirs, des repas habituels et du rythme de la semaine.
Mais le véritable secret de cette vie dorée se trouvait juste au-dessus. Il suffisait de monter un étage pour changer d'univers. Là, dans le second HLM, régnait ma grand-mère.
Cet appartement du dessus était une extension naturelle de notre salon, une deuxième cuisine où les règles étaient souvent plus douces, un refuge permanent où je pouvais grimper à tout moment. Au fil du temps, cette ambassade du niveau supérieur s'est agrandie : ma grand-mère a fini par y loger mon cousin le plus vieux, qui a pris ses quartiers sous son toit.
Jusqu'à mes 12 ans, j'ai donc navigué entre ces deux paliers. Une enfance passée dans les escaliers d'Ivry, à osciller entre deux portes de chez moi, entouré par une tribu répartie sur deux étages.