Zappa : L'encyclopédie autodidacte

Des silences pesants de mes 12 ans aux leçons de vie quotidiennes.
Note sur l'anonymat : Dans cet article, je vais appeler cette personne « Zappa ». Il se reconnaîtra immédiatement en me lisant, mais je préfère préserver son véritable prénom par discrétion, n'ayant point encore discuté de l'existence de ce blog avec lui.

À mes 12 ans, j'ai quitté mon univers d'Ivry pour déménager chez Zappa, le compagnon de ma mère depuis de longues années. Ce déménagement a marqué le début d'une étape charnière de mon existence, l'arrivée d'une véritable figure paternelle, mais aussi une confrontation brute qui n'a pas toujours été simple à apprivoiser.

Le début de notre cohabitation a été rugueux. Mes souvenirs des premières années sont marqués par des repas lourds de silence, où le seul son qui brisait la tension était le bruit métallique des couverts qui s'entrechoquaient sur la porcelaine des assiettes. Il nous arrivait de nous croiser dans la maison sans échanger un seul « bonjour » de toute la journée. Avec le recul, j'imagine que cette adaptation était aussi rude pour lui que pour moi. Mais j'étais un jeune garçon fragile, à peine adolescent, face à un homme cinquantenaire au caractère bien trempé. J'ai inévitablement gardé quelques séquelles de ces longs silences et de ses remarques sèches, parfois tombées comme des couperets sur ma manière de tenir ma fourchette à table.

« La pédagogie est un art de théoricien ; Zappa, lui, transmet comme un autodidacte : avec la force brute d'une passion qui ne demande qu'à être partagée. »

Pourtant, au-delà de cette maladresse relationnelle des débuts, Zappa a transformé mon regard sur le monde. C'est en le rencontrant que j'ai découvert une multitude fascinante de choses sur la vie, la mécanique, le son et bien plus encore.

Depuis le jour où je suis entré dans son quotidien, il ne s'est pas passé vingt-quatre heures sans qu'il ne m'apprenne quelque chose de nouveau — souvent volontairement, avec l'envie de transmettre, mais parfois aussi de manière totalement involontaire, simplement en l'observant vivre et résoudre des problèmes.

Alors non, il n'a rien d'un professeur conventionnel, et sa pédagogie peut sembler abrupte. C'est le propre des vrais autodidactes : ils ont dû tout conquérir par eux-mêmes. Zappa aime exposer sa science et expliquer en détail le fonctionnement des choses. Mais ce qui rend cet homme profondément respectable, c'est que cette générosité verbale n'est jamais dictée par l'ego ou l'arrogance. C'est le moteur pur de la passion qui parle en lui, une passion qu'il a finalement réussi à me léguer.